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André Minvielle : L’accent, c’est aussi important qu’un point de vue

Inclassable André Minvielle. Vous ne savez jamais par quel bout il va vous prendre ou plutôt vous surprendre. Si un mot lui manque, il l’invente ou en saisit deux pour n’en faire qu’un, qui sonne bien, bigrement signifiant, précis et percutant d’humanisme.

Vous voilà de nouveau entre concerts et festivals. Tout va donc bien ? Enfin !

André Minvielle : Oui. J’espère que les mauvais temps sont derrière nous. Les artistes du spectacle vivant sont forcément des nomades. Je ne vais pas me plaindre, mais, pour le tout nouveau retraité que je suis, ces itinérances sont de plus en plus pesantes. Mais voilà, ce sont aussi elles qui me permettent de capter, aux quatre points cardinaux, des vies, des paroles dites dans des accents différents, avec des gens que l’on n’entend pas ni n’écoute beaucoup parce qu’ils n’ont pas cet « accent zéro » qui prévaut dans les médias comme la pâle, triste et morne norme.

C’est l’esprit du projet « Suivez l’accent » que vous portez avec votre association, bien nommée, Les chaudrons : les soupes n’ont jamais le même goût bien que les légumes soient (presque) partout les mêmes ?

André Minvielle : Les accents rendent multiple la même langue de France. L’accent, c’est une posture, un « point de voix » aussi important qu’un « point de vue ». Il suffit pour s’en rendre compte d’arpenter la vie, de réveiller les mémoires qu’elles soient locales, urbaines ou rurales… Je suis donc un vocaliste qui fait de la « vocalchimie », auteur, compositeur, improvisateur, skateur… et j’essaye de travailler tout ça avec des gens qui, comme Marc Péronne, Bernard Lubat et d’autres, acceptent cette aventure. Je suis plutôt dans l’artisanat que dans l’industrie. Ça me vient aussi du temps où je faisais des bals.

La musique qu’on y joue est « évolutionnaire », je veux dire par là, simple, efficace pour faire danser et bouger les gens… Mais aussi à partir de laquelle on peut faire danser ensemble toutes les musiques du monde. Je suis béarnais. On chante beaucoup dans ma région. L’occitan ressemble au portugais. Le portugais, ça vous emmène au Brésil. Et voilà que tout ça se répond, se mélange, s’enrichit. Il n’y a pas de frontières de principe entre les musiques.

Pour marquer la bonne heure, la pendule a besoin de son tic-tac. Quelle filiation entre votre formation de mécanicien de précision dans l’horlogerie et votre recherche musicale pointue d’aujourd’hui ?

André Minvielle : Une filiation évidente ! On a oublié que l’horlogerie a fait partie des Beaux-Arts. J’ai travaillé de 16 à 20 ans en usine. Je suis ainsi passé de la micro mécanique à la mécanique du micro ! J’ai toujours fait ce que j’ai aimé. Par chance. Et parce que je l’ai voulu. Être horloger, c’est aussi une façon de travailler la patience.

Vous avez repris dans votre musique le poème de Jacques Prévert, Étranges Étrangers, dont Marcel Trillat a fait, en 1970, le titre de l’un de ses documentaires sur les drames de l’immigration. D’où est venue cette idée ?

André Minvielle : C’est Fellag, cet acteur, humoriste et écrivain algérien - qui sait donc de quoi il parle ! - qui m’a fait découvrir ce texte de Prévert, écrit en 1946, au lendemain de la guerre. Ce poème m’a mis « l’alarme à l’œil ». Plus de 70 ans sont passés et on est pourtant toujours dans un moment qui refuse de voir que ces gens venus d’ailleurs ont reconstruit notre pays. Et ils ont aussi nourri notre culture par cet échange avec la leur. Fellag m’a dit : « Tu fais ce que tu veux de ce poème. » Alors, j’ai pris ma bouteille en plastique, ma petite boîte à rythme, et ça a donné un texte profond sur une musique aléatoire.

Votre chanson, La vie d’ici-bas, nous dit : « Et si c’était ça la vie/ Et si on nous l’avait pas dit/ L’épique époque aussi va de l’avant/ L’aventure est là… ». Aujourd’hui, cette vie d’ici-bas vous inspire-t-elle espoir, inquiétude, angoisse, colère… ?

André Minvielle : Tout ça à la fois. Il y a encore tellement d’habitudes mentales à combattre et à changer que j’ai peur qu’après cette crise sanitaire ça recommence comme avant. Idem pour l’écologie, bien qu’il me semble que les jeunes générations y soient plus sensibles. Mais en tous domaines, les productions actuelles, qu’elles soient matérielles ou culturelles, ne sont pas encouragées à aller dans le bon sens. Et force est de constater que les pouvoirs politiques sont encore désespérément absents. L’écologie n’est semble-t-il, pour eux, qu’une opportunité politicienne.

À ce propos, une question amicalement perfide me brûle les lèvres.
Comment situez-vous votre emblématique amie la bouteille « en plastique » dans cette louable démarche écologique ?

André Minvielle : Ma compagne vous a entendu. Elle me souffle de vous préciser que celle-là est « durable » et ainsi « recyclée » !

Propos recueillis par Pierre Corneloup

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