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Repères › Santé

GÉNÉRALISER LA VACCINATION, PARTOUT, POUR TOUS

Afin de protéger la planète de la pandémie de coronavirus, il convient de vacciner un maximum de personnes. Le manque de coordination et de volonté politique, couplé au besoin de rentabilité du système libéral, nous met en danger. Comment changer la donne ?

Si nous ne pouvons que nous féliciter de la mise au point très rapide de vaccins performants contre le coronavirus, plusieurs problèmes se posent. Il s’agit avant tout de l’absence de stratégie mondiale coordonnée de contrôle de l’efficacité des différents vaccins.

Chaque pays a contractualisé avec les industriels de son choix, a mené ses propres études de qualité, puis a pris des décisions d’autorisation de mise sur le marché. C’est ainsi que pour le vaccin AstraZeneca, nous avons été confrontés à une cacophonie qui a créé une suspicion légitime, mais totalement irrationnelle au regard de la réalité du nombre de cas recensés. La preuve en est que le pays qui a le plus utilisé ce vaccin, à savoir la Grande-Bretagne, n’a pas cessé sa campagne du fait d’un rapport bénéfice-risque très favorable.

Cela doit nous faire réfléchir à l’avenir sur ce que doit être le principe de précaution, ce qui implique que le pouvoir politique soit à même d’organiser un vrai débat public contradictoire justifiant sa position.

Produire en masse

Au-delà de ces péripéties, le principal problème est l’incapacité du système marchand d’organiser une production de masse de vaccins pour l’ensemble de la population de la planète. En effet, nous disposons actuellement de différents vaccins dont l’efficacité est prouvée. Et il s’agit de vacciner le plus rapidement possible le plus grand nombre de personnes, afin de pouvoir contrôler la circulation du virus dans le délai le plus court. Nous savons que tout retard se traduit par des malades supplémentaires en réanimation, et donc des morts en plus, mais surtout majore le risque de l’émergence de variants qui peuvent contourner la protection offerte par la vaccination.

Malgré les promesses faites à l’Organisation mondiale de la santé, l’essentiel des vaccins produits est destiné pour l’heure aux pays riches. Mais le virus ne connaît pas les frontières et, en l’absence d’une vaccination généralisée de l’ensemble des habitants de la planète, il reviendra vers les pays vaccinés, éventuellement sous une forme résistante. Il faut particulièrement insister sur le fait que la limitation de la circulation des personnes n’offre qu’une sécurité illusoire car elle ne peut être généralisée et maintenue indéfiniment.

Lever les brevets, c’est possible

Cette situation est due au fait que les Gouvernements de ces mêmes pays riches refusent d’imposer à l’industrie pharmaceutique la levée des brevets, ce qui permettrait une production de masse au meilleur coût. Le choix qui est fait est bien celui du capital et des profits des actionnaires, au détriment de la santé publique mondiale. Il est bon de rappeler que cette disposition, appelée licence d’office ou obligatoire, est prévue dans les accords internationaux qui régissent notamment l’Organisation mondiale du commerce en cas « d’extrême urgence », ce qui est le cas actuellement.

Ce mécanisme a été adopté à l’issue de la longue lutte menée, entre autres, par l’Afrique du Sud pour pouvoir disposer à un coût abordable des médicaments contre le sida. Par ailleurs, en ce qui concerne plus spécifiquement la France, la loi d’urgence, du 23 mars 2020 pour faire face à l’épidémie de Covid-19, contient un article qui permet au « Premier ministre d’ordonner la réquisition de tous biens et services nécessaires à la lutte contre la catastrophe sanitaire ». Nous disposons donc de tout l’arsenal juridique nécessaire. Il ne manque que la volonté politique.

Rémunération du « risque »

Des « experts » (le plus souvent rémunérés par l’industrie, donc en fait des lobbyistes) nous expliquent que cette solution n’est pas la bonne, car ce serait couper les ailes à l’innovation et démotiver les investisseurs qui prennent des « risques » pour lesquels ils doivent pouvoir recevoir un retour en espèces sonnantes et trébuchantes. Les réponses sont simples, la plupart des recherches fondamentales s’appuient sur des universités ou des organismes publics dont profitent très largement les entreprises sans qu’elles aient besoin d’engager véritablement de dépenses. Car, même quand elles participent au financement de ces structures, elles bénéficient de réductions d’impôts. En ce qui concerne les fameux « risques », ils sont très limités dans le domaine de la santé car les investisseurs, d’une part, profitent de subventions très larges (notamment dans le cas présent sous la forme de précommandes) et, d’autre part, ils accèdent ensuite à un marché rendu solvable par les systèmes de protection sociale qui vont leur acheter leurs produits.

Pas de profit sur la pandémie

Enfin, cerise sur le gâteau, l’annonce faite par Pfizer de l’augmentation du prix de son vaccin. Il se retrouve de fait en situation de quasi-monopole devant les déboires d’AstraZeneca, et ses dirigeants appliquent cyniquement la fameuse loi du marché qui stipule que « ce qui est rare est cher, je suis rare donc je suis cher ».

Cette situation est intolérable. L’urgence est d’éradiquer le virus et non pas d’abonder les dividendes des actionnaires des entreprises pharmaceutiques. Un mouvement mondial s’organise autour du mot d’ordre « Pas de profit sur la pandémie ». La pétition est disponible sur le site Internet de la Cgt et j’invite ceux qui ne l’ont pas encore signée à le faire. Dans notre pays, la Cgt avance la revendication de la création d’un pôle public des industries de santé, notamment de l’industrie pharmaceutique. Non, la santé ne peut être une marchandise et le médicament doit être un bien commun.

Dr Christophe Prudhomme

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