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Denis Gravouil : publiquement votre

Il est le Secrétaire général de la Fédération CGT du spectacle et, par ailleurs, en charge du lourd dossier du chômage pour la Confédération. Ce professionnel du cinéma sait donc de quoi il parle lorsqu’il aborde, avec une perceptible émotion, la situation actuelle de la culture et de ses salariés.

Vie nouvelle : On s’inquiète à juste titre de l’avenir de l’industrie automobile, de l’aéronautique… mais combien pèse la culture dans l’économie de notre pays ?

Denis Gravouil : Nous ne rejetons pas le chiffre de 3,5% du PIB qu’avancent des économistes. C’est comparable à l’industrie automobile, y compris en ce qui concerne le nombre de salariés. Et dans certains cas - prenons l’exemple d’un festival comme Avignon - cela représente beaucoup en matière de retombées financières et d’emplois locaux induits. De plus, la culture n’est pas planifiable. Chaque réalisation culturelle est, par nature, éphémère : c’est le temps de la réalisation d’un film, d’un concert, d’une pièce de théâtre… Puis, plus rien jusqu’au suivant… Les recettes sont incertaines. Faire des réserves est impossible. Au même titre qu’assurer la santé, assurer la vie culturelle dans notre pays implique donc des choix, investissements et financements nationaux. À plus forte raison aujourd’hui !

 

VN : De quoi vivent celles et ceux empêchés dans la période de faire leur travail dans le domaine culturel ?

D.G. : Rappelons d’abord que la rémunération du travail des artistes, des techniciens n’est pas à considérer du seul point de vue de la durée du spectacle auquel on assiste, mais bel et bien du travail de tous pour en arriver à ce moment. Et cela concerne aussi les non-salariés de la culture que sont, par exemple, les auteurs de séries, de téléfilms…
Certains ont pu tenir, tant bien que mal, grâce au chômage partiel : une grosse bataille pour le faire appliquer à des CDD ! Nous avons déployé une grande énergie pour garantir et prolonger les droits particuliers découlant notamment du régime des intermittents du spectacle. C’est provisoirement acquis. Il faut maintenant étendre ces dispositions aux jeunes et nouveaux salariés entrant dans nos professions. Ce à quoi le gouvernement se refuse. Nous avons besoin d’un plan de relance alors que reprennent, dans nos secteurs comme dans les autres, les mêmes politiques intentionnelles de destructions d’emplois et de rémunération, saisissant cyniquement l’opportunité pour tenter de faire toujours plus avec moins de dépenses !

 

VN : À quel niveau, selon vous, devraient se situer les moyens nécessaires pour passer le cap et hisser à sa juste place la culture dans notre pays ?

D.G : On entend beaucoup de « com » pipeau au sujet d’un plan de soutien et de relance pour la culture. On parle d’1,4 milliard. Le chiffre sonne bien mais, quand on y regarde de près, une grande partie servirait à financer les dispositions sociales particulières que nous venons d’obtenir. Nous estimons à 3 milliards d’euros les besoins d’une véritable relance permettant de commencer à construire la nécessaire politique culturelle pour « ce monde d’après » qui ne soit plus comme avant. À ce propos, nous sommes très inquiets d’une démarche qui pointe de nouveau le nez, visant à dissoudre un véritable Ministère de la Culture (avec les majuscules qu’il mérite) dans une sorte de secrétariat d’État. La culture est une priorité pour la démocratie.

 

VN : Comment les professionnels de la culture vivent-ils personnellement ce moment de rupture obligée avec leur public ? J’aurais peut-être dû commencer notre entretien par cette question !

D.G. : C’est bien aussi de le conclure de cette façon ! Au-delà de leur situation économique dégradée à laquelle ils ont à faire face en se demandant s’ils s’en relèveront, c’est pour eux un énorme crève-cœur que de ne pas pouvoir rencontrer leur public pour lui proposer le plaisir, les rires et les pleurs, les réflexions, les espoirs. Tout être vivant a besoin pour se construire et nourrir son esprit critique citoyen lui permettant aussi de bâtir de saines et nécessaires révoltes !

Propos recueillis par Pierre Corneloup pour Vie nouvelle

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