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LA FRACTURE NUMÉRIQUE, ON S’EN OCCUPE QUAND ?

Avancée indispensable et vitale pour certains, cauchemar pour d’autres, le numérique rythme, organise et accompagne nos vies… Les « apéros zoom » ont agrémenté nos confinements successifs, mais c’est un fait, nous ne sommes pas tous égaux face à ces nouveaux outils… On peut se poser légitimement la question, le projet de « 100% dématérialisation » voulu par Macron à l’horizon de 2022, est-il vraiment raisonnable ?

Le mot illectronisme est entré dans le dictionnaire, somme toute récemment, en 2020, avec la contraction de deux termes : illettrisme et électronique. Le Larousse nous dit qu’il s’agit de « l’état d’une personne qui ne maîtrise pas les compétences nécessaires à l’utilisation et à la création des ressources numériques. On distingue dans l’illectronisme les lacunes liées à l’utilisation des outils numériques - ordinateurs, téléphones… - et celles liées à l’usage des contenus disponibles sur internet - remplir un formulaire en ligne, acheter sur un site Web, etc.- ».

Vous avez dit illectronisme ?

Au-delà de la sémantique, la fracture numérique est loin d’être anecdotique en France. L’Insee a produit une étude complète sur cette question en 2019 et les chiffres sont sans appel : 17% de la population française est touchée par l’illectronisme, soit au bas mot 11 millions de personnes… Une personne sur quatre ne sait pas s’informer sur internet. Une sur cinq n’est pas capable de communiquer avec les outils numériques (mails, réseaux sociaux ou autres...). Sans surprise, les personnes les plus âgées, les moins diplômées, aux revenus modestes, celles vivant seules ou en couple sans enfant ou encore résidant dans les territoires d’Outre-mer sont les plus touchées par le manque d’équipement comme par l’absence de compétences. À cela s’ajoutent des disparités territoriales, l’offre haut débit étant parfois inaccessible.

Pour certains de nos concitoyens, se servir d’un outil de traitement de texte, enregistrer un formulaire ou rédiger un mail est insurmontable et beaucoup d’entre nous ont renoncé à faire quelque chose ou à entamer une démarche administrative parce qu’il fallait utiliser Internet.

Handicap social

Cette incapacité peut constituer un véritable handicap social et professionnel quand il s’agit, par exemple, d’envoyer un curriculum vitae ou tout simplement de s’inscrire à Pôle emploi.
Plus grave, l’illectronisme peut accroître la vulnérabilité sociale avec un risque avéré d’exclusion de l’accès aux droits. C’est ce qui ressort d’un rapport du Défenseur des droits de 2019. L’incapacité à rechercher des informations administratives essentielles est particulièrement problématique. Pour les personnes concernées, la dématérialisation de l’administration accentue le risque de non-recours à des prestations auxquelles elles peuvent prétendre et à la perte de droits. Certaines devront donc amenées à renoncer à des démarches ou recherches à cause de leur incapacité à accéder à des informations administratives de base !

Tout numérique et services publics

Le tout numérique est-il soluble dans les principes du service public ? Dans son projet CAP 2022 de transformation du service public, Macron priorise la transformation numérique des services publics, à marche forcée si besoin. Dans ce contexte, il est bon de rappeler qu’en France le service public doit respecter des valeurs et principes républicains. On connaît un des plus important, celui de la continuité du service public, mais le plus fondamental reste l’égalité d’accès. Quid de ces valeurs si une partie de la population en est privée ?
Dans un rapport de la mission d’information du Sénat, intitulé Lutte contre l’illectronisme et inclusion numérique, datant de septembre 2020, 45 propositions ont été formulées. Les rapporteurs ont notamment pointé la nécessité de « passer d’une logique 100% dématérialisation à une logique 100% accessibilité. À cet effet, il faut conserver la faculté d’un accès physique et/ou d’un accueil téléphonique pour l’ensemble des démarches dématérialisées des services publics ». Espérons que le message sera entendu ; rien n’est moins sûr.
Pour les auteurs du rapport, ce n’est pas moins d’un milliard d’euros qui devrait être consacré pour financer l’inclusion numérique. On est bien loin du compte avec les 250 millions prévus par le Gouvernement dans le cadre du plan de relance pour former 4 millions de Français pour 2022 !

11 millions de Français sur la touche

Pire, cet objectif est largement insuffisant considérant que 11 millions de Français ne maîtrisent pas le numérique et que près d’un Français sur deux est mal à l’aise avec cet outil. La création d’un fonds de lutte contre l’exclusion numérique est préconisée par les rapporteurs pour que cette politique publique de lutte contre la fracture numérique ait vocation à devenir structurelle. Reste la question du financement de ce fonds. Parmi les pistes envisagées : réinjecter les gains budgétaires réalisés grâce à la dématérialisation des services publics, la taxe sur les services numériques, taxe Gafa ou autres… À suivre…

L’égalité d’accès au numérique est un vrai enjeu de politique publique à l’instar de la lutte contre l’illettrisme, nécessitant des moyens matériels, de la formation initiale et continue, et surtout les moyens pour permettre à tous l’accès aux services publics quels qu’ils soient. Le constat est posé depuis longtemps. Pendant ce temps-là, le « tout numérique » des services publics avance à grand pas tandis que la lutte contre l’illectronisme piétine…

Brigitte Yvray

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