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Laurent Mauduit : Les pauvres payent la dette creusée par les riches.

L’arrivée d’Emmanuel Macron est l’aboutissement d’une prise de pouvoir d’une caste où se mêlent les sphères financières et la haute fonction publique. Causes et effets d’une dérive oligarchique. Entretien avec Laurent Mauduit, journaliste, cofondateur de Médiapart et auteur d’une passionnante enquête sur cette caste prédatrice.

Dans votre livre, vous montrez qu’une caste s’est accaparée la plupart des postes clés de la République jusqu’à porter un des siens au sommet de l’État en mai 2017. Qu’est-ce que cette caste ?

Laurent Mauduit : Cette caste au pouvoir est constituée de hauts fonctionnaires issus des grands corps de l’État, essentiellement de l’inspection des finances, formés pour servir l’intérêt général. Mais, progressivement, ils se sont détournés de cette mission pour servir d’abord leurs intérêts. Cela a été rendu possible à la suite d’une sorte de hold-up sur des affaires qu’ils ont eux-mêmes perpétré par le truchement de 30 ans de privatisations. C’est ce que l’on appelle le « pantouflage et le retro-pantouflage ». Premier temps, le pantouflage : ces hauts fonctionnaires ont conduit les privatisations à leur profit. En effet, beaucoup d’entre eux sont devenus PDG des entreprises ainsi privatisées (banques, grande distribution, télécommunication, énergie, transports...). Toutes ces entreprises sont dirigées par des ex-inspecteurs des finances supposés servir l’intérêt de l’État, mais passés au privé…

Et le second temps ?

Laurent Mauduit : Le second temps, c’est le rétro-pantouflage. C'est-à-dire le retour des mêmes aux affaires publiques et à la gestion de l’État. Regardez, le directeur de la Banque de France est un ancien de BNP Paribas, le patron de la Caisse des dépôts et consignations est un ancien de l’assureur Generali, le directeur de cabinet de l’actuel ministre des Finances est un ancien d’une banque privée italienne, son numéro 2 vient de la banque HSBC…

Une sorte de privatisation de l’État par ces hauts fonctionnaires ?

Laurent Mauduit : Absolument. D’ailleurs, Emmanuel Macron est le symbole de ce système « essuie-glace » qui va tantôt à droite, tantôt à gauche, mais qui finit par se bloquer à droite… puisqu’il était inspecteur des finances, avant de passer par la banque Rothschild et se mettre au service des puissances d’argent. Ensuite, il revient aux affaires publiques en travaillant avec Jacques Attali et la droite pour initier les grandes réformes néo libérales de Nicolas Sarkozy. Il finira le travail avec François Hollande en devenant ministre de l’Économie. La suite vous la connaissez.

Comment en est-on arrivé là ?

Laurent Mauduit : Depuis la chute du mur de Berlin, le capitalisme a changé de nature. Les partis, qui se sont succédé aux affaires depuis trente ans, sont devenus impuissants à endiguer la prééminence du capital sur le travail. Le PDG ne sert plus que l’intérêt des actionnaires. Leur résignation a fait céder l’ancienne muraille de Chine entre l’État et le privé, entre l’intérêt général et les intérêts particuliers. Ce qui, d’ailleurs, pose de graves problèmes de politiques publiques à la française. Le choix des hommes implique une ligne politique. Prenons l’exemple du Livret A dont la fonction était d’intérêt général. Comment peut-on penser que le directeur de la Banque de France, ancien dirigeant de la BNP Paribas et farouche opposant à l’épargne populaire va le défendre ?

Sans doute ce qui explique la folle farandole des mesures antisociales de Macron et le racket des plus pauvres pour enrichir les plus riches ?

Laurent Mauduit : En effet. Les conséquences sont directes et brutales. Cette caste impose sa propre vision du monde néo libéral. Macron met en œuvre ce qui dormait dans les tiroirs de la forteresse de Bercy. Les retraités coûtent cher, la protection sociale coûte cher, les dépenses publiques coûtent cher, l’emploi coûte cher, le chômage coûte cher, la santé coûte cher… la caste a inventé les concepts de « la France qui vit au-dessus de ses moyens », de « la dette que nous laisserons à nos enfants », de « l’équilibre des dépenses et des comptes sociaux »… Tout cela relève de l’escroquerie intellectuelle. En réalité, elle fait payer aux pauvres la dette publique creusée par les riches.

Les grands médias, dont vous dénoncez la concentration, nous « vendent » cette escroquerie ? Peut-on faire le rapprochement entre les hommes au pouvoir et ceux qui détiennent l’information ?

Laurent Mauduit : C’est le même monde qui veut abolir les acquis sociaux et asservir la presse. Pour bien comprendre, il faut revenir à deux des piliers du Conseil national de la Résistance : la Sécurité sociale et le pluralisme de la presse. C’est à cela que s’attaque la caste de privilégiés au pouvoir. Elle détricote la liberté de la presse pour mieux casser le modèle social. La caste qui vit dans les coulisses du pouvoir impose dans le débat public une sorte de « prêt à penser » qu’elle considère, comme une évidence, qu’il n’y a pas d’autre politique possible. Nous avons affaire à une véritable tyrannie de la pensée. Macron est passé maître dans l’art. Avec arrogance et mépris, il nous explique qu’il sait, lui, ce qui est bon pour nous et que nos coupables résistances sont d’un autre âge… On aurait pu penser que la presse et son pluralisme seraient sanctuarisés. Il n’en est plus rien. Depuis 2010, nous avons assisté à une hyper concentration de la presse entre les mains d’une dizaine de groupes d’argent qui achètent un média comme on s’achète une danseuse. Ce milieu clos est au service de la politique mise en œuvre par la caste au pouvoir.

Un déni de démocratie ?

Laurent Mauduit : La démocratie ne se résume pas à un vote tous les cinq ans. C’est une respiration, un va-et-vient avec les corps intermédiaires et les citoyens. Or la caste qui a porté Macron au pouvoir n’a que du mépris pour le dialogue social, pour les syndicats, pour les élus de la République, pour le Parlement… Pour Macron, la démocratie sociale est une perte de temps.

Les résistances s’amplifient un peu partout. Les retraités refusent de payer pour les riches. Des brèches sont-elles en train de s’ouvrir ?

Laurent Mauduit : Je pense qu’en un an et demi, le pays est passé d’un état de sidération, après l’élection de Macron, à un état d’exaspération. À défaut d’être en marche pour un nouveau monde, nous entrons dans une autre époque. Face à un chef d’État qui use jusqu’à l’extrême les rouages du pouvoir, nous pouvons nous persuader que l’autoritarisme n’est pas l’issue. Elle ne peut résulter que d’un bouillonnement refondant notre démocratie. Un bouillonnement qui ne peut venir que de la base et non du sommet.

Propos recueillis pas Michel Scheidt

La caste, Laurent Mauduit, 2018. Ed La Découverte. 19 €

Un entretien vidéo avec Laurent Mauduit - Le Média -

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